En 2009, alors que le Proder sortait de la revue a mi-parcours, le gouvernement et le Fonds international pour le développement agricole (Fida) s'étaient accordés pour restructurer le Projet du développement rural (Proder) dans les départements des Plateaux, de la Cuvette et de la Cuvette-Ouest en quatre missions principales
Cette restructuration obéissait à une volonté de renforcer l'investissement pour préserver l'impact des activités sur le terrain, mais était aussi dictée par le fait que les moyens financiers disponibles ne pouvaient permettre à ce projet d'assurer tous les investissements nécessaires. C'est ainsi que fin novembre- début décembre 2009, à la faveur de la visite du directeur du Fida pour les zones Afrique centrale et de l'Ouest, une évaluation avait été faite pour se prononcer sur cette restructuration. Les mesures qui avaient été prises à cette occasion étaient entre autres de restreindre l'équipe sur le terrain pour assurer la mise en œuvre des activités, qui elles-mêmes étaient recadrées pour cette dernière phase du projet ; de rattacher la coordination de ses activités au Proder-Sud. Désormais, le Proder-1 devrait avoir comme coordonnateur le même que celui du Proder-2 ; de clarifier les comptes du Proder-1. Pour cela, il a été prononcé la suspension de tous les décaissements du projet jusqu'à ce jour.
C'est donc dans ce contexte que l'équipe restreinte a pris son service le 29 décembre 2009 avec quatre missions principales précises : redémarrer le programme de distribution de boutures saines de manioc, et de multiplication de semences d'igname ; renforcer autour de ces programmes agricoles l'investissement au niveau des infrastructures ; de dynamiser les acquis au niveau de la microfinance rurale, notamment les Caisses d'équité. Ces missions constituent dorénavant la feuille de route de l'équipe restreinte basée à Oyo, dans le département de la Cuvette, en coordination avec l'équipe de Dolisie, dans le département du Niari.
Aussitôt arrivée à Oyo, l'équipe restreinte a fait l'état des lieux, car tout était arrêté : les moyens roulants étaient parqués, et il n'y avait plus aucune ressource financière. Cet état des lieux a permis au Proder-1 d'identifier un certain nombre de difficultés à surmonter pour pouvoir redémarrer les activités. Ainsi donc, dès le mois de décembre, une mission devait se rendre dans la zone de projet pour évaluer les boutures saines de manioc disponibles, il fallait commencer par là. L'équipe a dû réparer des véhicules pour se mouvoir dans la zone, elle a également fait le point avec les entreprises qui avaient mission de construire des ponts, puis elle a enfin procédé à l'évaluation de la situation des Caisses d'équité. S'en est suivie l'élaboration du programme de travail et du budget annuel de 2010. Ce budget, adopté à un peu plus de 1,4 milliard FCFA a été abaissé à la somme de 1,2 milliard pour tenir compte de la capacité de mobilisation des fonds.
Il sied tout de même de relever au passage que ce budget était constitué des fonds de la contrepartie gouvernementale (difficilement mobilisables) et le fonds Fida (dont les décaissements sont suspendus). C'est seulement au mois de mai 2010 que le gouvernement du Congo a débloqué la somme de 400 millions (tranche comptant pour l'année 2009). Il fallait cependant déduire de ces fonds 196 millions au titre des dépenses déclarées non éligibles et à rembourser au compte spécial. En effet, selon les procédures de mise en œuvre des projets de la coopération entre le gouvernement et le Fida, toute dépense réalisée hors procédures est déclarée non éligible, donc remboursable. Si une dépense n'a pas été réalisée selon les procédures prévues, cette dépense est déclarée non éligible.
Chemin faisant, le Proder a fait reprendre en 2010 les cinq ponts métalliques ; deux ponts avec l'entreprise Joël-Envol au niveau de la sous-préfecture d'Etoumbi dans le département de la Cuvette-Ouest, deux ponts avec l'entreprise MHB au niveau de la sous-préfecture de Ngoko dans le département de la Cuvette, et enfin un pont avec l'entreprise Transfluco dans le district de Ngoko.
Toujours dans le budget 2010, le programme de diffusion et de multiplication de semences d'ignames et de boutures saines de manioc, au centre des activités de relance du Proder-1, a repris. L'équipe a également renforcé et dynamisé huit caisses de microfinance à Ngo, Djambala, Lékana, Lagué, Ongogni, Etoumbi, Kellé et Ngoko. La situation de ces caisses était fort préoccupante, en mal de gestion et où l'on accusait des arriérés de paiement de primes de gérance de plus de deux ans. Ce qui avait entraîné une démotivation généralisée au niveau des élus et des gestionnaires. Aujourd'hui, l'équipe restreinte a pu éponger ces arriérés, relancer les assemblées générales, renouveler les instances dirigeantes, recruter des prestataires de microfinance qui ont pour mission d'assurer le suivi et l'animation des caisses.
Grâce à un plan de relance mis en place par l'équipe restreinte, les caisses retrouvent petit à petit la confiance perdue. C'est dans cette optique que le responsable du suivi évaluation (RSE) du Proder-Nord, Guy Fulgence Mbengué, a précisé les enseignements de leur ministre de tutelle, Rigobert Maboundou, lorsqu'il déclarait : « Les Proders constituent pour le gouvernement un moyen de toucher les populations rurales pauvres... » Hélas, à un moment donné du parcours le Proder-1 s'est retrouvé en mauvaise passe ; dès lors, il devenait difficile pour les Proders et le gouvernement de toucher ces populations rurales pauvres. Heureusement, le gouvernement et le Fida ont rapidement trouvé la solution : la mise en place de l'équipe restreinte.
Si hier tout était arrêté, les activités ont repris, notamment dans les domaines de l'agriculture (manioc, igname), des infrastructures (ponts, dalots), des microfinances (Caisses d'équité) et de Radio-Proder. C'est pourquoi, faisant le point de la relance des activités du Proder, le RSE s'est dit satisfait : « Je suis soulagé du niveau de relance, car la mission était délicate : réparer quelque chose qui était abîmé, le remettre sur les rails et le suivre jusqu'au bout. » Ce soulagement s'explique aussi à travers les témoignages des populations, quand elles déclarent : « Nous apprécions ces boutures, nous en donnons aux autres, nous en avons encore besoin. Nous avons besoin que le Proder renforce ses appuis pour que nous ayons des formations, du crédit et des pistes agricoles pour nous permettre d'évacuer nos produits... »
Rappelons que 2011 est l'année d'achèvement des activités du Proder. Pour cette période, notre défi est d'achever les activités programmées dans les meilleures conditions possible. Le gouvernement est en train de négocier un nouveau programme avec le Fida. Ce programme-pays à vocation nationale se focalisera sur le développement de filières agricoles et piscicoles avec une bonne prise en compte des aspects de désenclavement des bassins de production (réhabilitation et entretien des pistes). Ainsi donc, toutes les autres activités ou autres volets non terminés trouveront sûrement leur compte dans le programme-pays.
Les dépêches de Brazzaville
Bruno Okokana
www.brazzaville-adiac.com
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