mercredi 19 janvier 2011

Zone du PRODER SUD :   27% des enfants souffrent de malnutrition chronique.


L'enquête anthropométrique sur l’impact du PRODER Sud, réalisée  en  2008 avec l’appui financier du FIDA et du Gouvernement du Congo, a permis de révéler l’ampleur de la malnutrition protéino-énergétique (MPE) dans trois départements (Niari, Bouenza et Lékoumou) situés dans la partie sud du Congo. Ces trois départements constituent la zone d’intervention du PRODER SUD, dont la mission essentielle est de réduire la pauvreté rurale.


 Au Congo, la population vivant en dessous du seuil de pauvreté est évaluée à 65% en zone rurale (DSRP, 2008-2010). Néanmoins, en ce qui concerne la réduction de la pauvreté, les efforts consentis dans l’amélioration des conditions de vie des populations sont plus sensibles en milieu urbain (ECOM, 2005). D’où l’on note un mieux être relativement acceptable pour certaines couches sociales.

L’enquête anthropométrique de base a pour objectif général de mesurer l’effet avant, à mis parcours et en fin des interventions de développement entrepris par le Projet. Toute la démarche est menée dans le souci de dresser un diagnostic complet sur le niveau de développement et de la sécurité alimentaire des ménages. Ce diagnostic permet de retracer les grandes orientations et d’identifier les interventions éventuelles. C’est dans ce but que cette enquête est menée, en vue de constituer une base des données fiables et valides sur la situation nutritionnelle réelle qui prévaut dans les communautés rurales.


METHODE

L’établissement des prévalences de la malnutrition des enfants de moins de 5 ans est obtenu par l’utilisation des indices anthropométriques, notamment le poids (P) et la taille (T). Ces indices permettent de calculer les indicateurs de la malnutrition protéino – énergétique (MPE)  en combinaison entre eux et avec l’âge (A). Trois types de malnutrition sont identifiés à partir de ces combinaisons d’indices. Il s’agit de la maigreur (P/T), la malnutrition chronique (T/A) et l’insuffisance pondérale (P/A). Ces indicateurs correspondent à trois types de problèmes de santé, nécessitant chacune des interventions spécifiques. Les informations socioéconomiques liées à la situation alimentaire font l’objet d’une collecte dans le ménage dont l’enfant est issu, permettant ainsi une meilleure compréhension des prévalences de la malnutrition.

Le traitement des résultats anthropométriques recourt à deux approches d’analyse statistique : l’approche descriptive simple et l’approche bi-variée. L’approche descriptive permet de mettre en évidence les niveaux des fréquences de malnutrition ; et l’approche bi-variée utilise des tableaux croisés. Le test du Khi² sert pour identifier quelques associations avec la malnutrition des enfants Ces associations mesurées à l’aide du khi² consistent à croiser chacune des variables indépendantes explicatives avec la variable dépendante expliquée (état nutritionnel). La signification statistique de tous les tests est fixée à p inférieur à 5%.

Prévalence de la MPE
Selon les critères anthropométriques, la malnutrition chronique affecte 27,5% d’enfants dans les départements couverts par l’enquête. Celle-ci constitue la forme la plus répandue dans ces zones rurales, et même au niveau national où la prévalence est de 26,0% (EDSC-1-2005)[1].
La malnutrition aigue globale (maigreur) touche 4,7%, sans être négligeable. Néanmoins, elle affecte significativement  les enfants résidant dans le département du Niari, avec une prévalence de 5,5%. La forme sévère, très marginale concerne seulement 0,7% d’enfants.

Par contre, la prévalence de l’insuffisance pondérale est élevée prés de 20%. Les prévalences de deux formes observées, à savoir l’insuffisance pondérale globale et la malnutrition chronique globale, montrent une situation nutritionnelle et alimentaire très alarmante.

Les enfants du Niari et ceux des communautés autochtones sont les plus atteints

On observe une prévalence nettement élevée de malnutrition chronique (26,7%) chez les  enfants résidant dans le Niari : un peu plus d’un enfant sur quatre est atteint dans ce département. Il apparaît aussi que les enfants issus des communautés pygmées ont une prévalence significativement élevée 52,9%  (Khi²= 13,35 ; p= 0,001) que d’autres. Parmi ces enfants, la propension de développer une malnutrition chronique est également multipliée par 1,62 fois (IC= 1,13 ; 0 <RR< 2,31). Aussi, la malnutrition chronique sévère affiche une prévalence élevée, estimée à 38,2% (Khi2= 33,67, p= 0,001) parmi les enfants issus des ménages pygmées contre 8,0 % chez les bantous. Ces observations peuvent s’expliquer par les faits suivants. Concernant les prévalences élevées de malnutrition, elles peuvent s’expliquer en partie à travers le régime alimentaire déséquilibré imposé aux enfants au moment du sevrage et des disettes.

En effet, dans ces zones d’extrême pauvreté alimentaire, certains membres sont fragilisés, plus particulièrement les tout petits qui sont déjà vulnérables. Certaines considérations socioculturelles communautaires veulent que les adultes soient mieux prises en charge alimentairement en cas de pénurie ou de disette dans le ménage. D’autres facteurs sont suspectés contribuant à l’insécurité alimentaire, parmi lesquels l’on compte, l’isolement géographique de certains villages, l’analphabétisme des mères, l’accès aux services de santé de base et les moyens de communications, constituent autant d’entraves à l’amélioration de l’état nutritionnel des enfants de ces départements.

A l’instar de ce contexte précarité s’ajoute les conditions sanitaires déplorables, 63,3% des ménages enquêtés s’approvisionnent en eau de boisson issue d’une source non couverte, exposant les populations à des infections hydriques, parfois mortelles. Par ailleurs, 81% des ménages vont déféquer dans les buisons ou dans la brousse non loin de leur habitation et de l a source d’eau. Par ce biais et par manque de connaissance, les populations participent indirectement sans le savoir à la pollution de leur environnement, avec les conséquences qui en résultent sur le plan sanitaire.
Par ailleurs,  dans la plupart des cas les ménages des communautés pygmées n’ont pas les moyens financiers d’assurer leur bien être économique et social, afin d’améliorer l’état nutritionnel de leurs enfants et celui de leur famille. A l’opposé, les enfants issus des ménages bantous ont 79 % moins de risque de souffrir d’une malnutrition chronique.

Une situation nutritionnelle précaire qui nécessite des actions concrètes

Nos résultats révèlent une situation alimentaire et nutritionnelle très précaire dans les trois départements. Par conséquent, les séances d’éducation nutritionnelle pour le changement de comportement alimentaire semblent une voie pertinente qui peut réduire nettement la malnutrition des enfants de moins de 5 ans dans ces départements. Cette éducation devrait s’adresser d’ores et déjà aux jeunes mères pour apprendre les gestes qui sauvent, afin de les intégrer dans leur connaissance socioculturelle de base en vue d’une meilleure prise en charge sanitaire.



                                                                                                    Jean Pierre MASSAMBA



[1] Massamba J.P, Allaitement maternel, Etat nutritionnel des enfants et des femmes in Enquête Démographique et de Santé, Congo, 2005, Chapitre 11,  pp 157-180.
Les projets de développement rural collaborent avec  l’INADES Formation Congo (RDC) pour renforcer les capacités des ONG locales et des organisations paysannes


Conformément aux recommandations de la mission de supervision du FIDA au Congo, les projets de développement rural travaillent désormais en partenariat avec l’institut africain pour le développement économique et social. Cette institution est chargée de former  les ONG locales exerçant dans les zones d’interventions des Projets.

Une équipe de l’INADES-Formation avait effectué une mission de travail à  Brazzaville en août 2010. Après une prise de contact avec quelques ONG locales, l’équipe de l’INADES s’est rendu à Dolisie (siège du PRODER 2) et a visité  des GIEC dans les localités d’Ilou panga (district de kimongo) et Mboukoulou (district de louvakou) dans le département du Niari. Mont Bello dans la Bouenza, Indo 2 et Missama dans la Lékoumou, la Bouenza: Mpika 1 et2 Kibonga Louamba 1 et 2. L’objectif était de faire le diagnostic des GIEC et des ONG prestataires en vue de proposer un programme de renforcement des capacités des ONGD pour leurs permettre d'assurer un accompagnement performant et porteur de changement auprès des GIEC mis en plac. L’INADES a faciliter le travail de  diagnostic participatif qui a abouti  à l’établissement  de la situation de référence en rapport avec le  niveau d’organisation et de fonctionnement  des organisations paysannes et des ONG d’une part et d’autre part à l’évaluation des besoins en renforcement de capacités des GIEC(groupements d’intérêt économique communautaire), des chefs de secteurs agricoles et des ONG. L'analyse des résultats a amené à proposer une thérapie centrée sur 5 axes prioritaires de renforcement de capacités : suivantes:
- Axe 1: Organisation Structuration et fonctionnement des GIEC;
- Axe 2: Développement de la culture Auto promotionnelle dans les GIEC;
- Axe 3: Positionnement des GIEC dans les Filières Agricoles Porteuses (Approche Filière);
-Axe4:Gouvernance Participative des GIEC;
-Axe5 Approche et Stratégies d'accompagnement des GIEC.

 L’INADES aidera à mettre au point une stratégie qui permettra d’élaborer un programme de renforcement des capacités, dont la mise en œuvre permettra aux ONG de mieux accompagner le développement de la performance des GIEC et des chefs de secteurs agricoles. Ce qui amènera les organisations de base à une  prise en charge plus ou moins optimale des activités collectives et individuelles.  L’appui de l’INADES  s’articule en plusieurs modules incluant l’accompagnement, le suivi et l’audit. 
Le même travail est attendu au PRODER 3 où l’INADES va renforcer les capacités de la CNOP- Congo (concertation nationale des organisations paysannes).cette institution va dans un premier temps, faire le diagnostic des groupements des départements du Pool et de la sangha et celui de la CNOP-Congo.

Il faut rappeler que lors de la dernière mission de supervision du FIDA (Fonds international de développement agricole) au Congo en juin 2010, il  avait été constaté la faiblesse des organisations initiées par les projets.  Ce qui  représente un risque  d’aboutir à des résultats peu durables. Pour améliorer les perspectives de durabilité des activités entreprises par ces projets, la mission avait recommandé de se concentrer sur la construction  d’organisations bien gouvernées, donc de mettre un accent particulier sur leur renforcement des capacités.

INADES- Formation Congo est une institution qui a une histoire et une longue expérience en la matière. Il est une association nationale faisant partie du réseau INADES Formation. Ce dernier, créé en 1962 à Abidjan en  Côte d’Ivoire par un groupe de pères jésuites français. Depuis, il s’est répandu à travers une dizaine de pays africains dont la RDC. Cette structure  a déjà travaillé avec  deux projets financés par le FIDA en République Démocratique du Congo,  à savoir le PRAPE  et le PRAPO. Dans ce cadre, l’INADES  appui depuis 2009,   la structuration  des OP dans le district de la TSHOPO en province orientale et en 2006 il a appuyé la structuration des organisations des agriculteurs et des pêcheurs à Mbandaka et Bumba dans la province de l’équateur. 


Le proder3 affûte ses armes dans le Pool et la Sangha

Le Proder 3 a organisé du 3 au 7 août 2010 à Kinkala, dans le département du Pool, et du 06 au 10 octobre 2010, dans la Sangha, les ateliers départementaux  de validation des bassins de production ainsi que la formation des cadres des directions départementales de l’agriculture et de l’élevage.

Au cours du premier atelier, après trois jours de réflexion, cinquante sept producteurs dont sept femmes ont fait le choix des activités que devra mener le Proder 3 dans les 13 districts qui constituent le Pool. Prenant pour appui, le document de conception  du Proder 3, tous les bassins de production ont été retenus ; 32 pistes agricoles ; 160 villages identifiés et validés.

Par ailleurs, dans ce même document, base de la discussion, 4 bassins de production avaient été pré identifiés. Le premier représente la partie Nord ouest où se situe les districts de Kindamba, Mindouli, Vindza et Kimba, avec une population totale de 67.719 habitants. Le second compte les districts de Boko, Louigui  et Loumo, avec 28.194 habitants. Le troisième regroupe ceux d’Ignié de Mayama et de Ngabé avec une population totale de 74.226 habitants. Le dernier bassin concerne les districts de Kinkala, Mbanza-Ndounga et Goma Tsé-Tsé avec une population globale de 58.847 habitants.

Dans le document de conception du Proder3, élaboré en 2007, douze pistes avaient été pré sélectionnées en vue de leur réhabilitation. Il s’est agit de : à Kinkala, Koubola-Kibossi (15km) ; Ngambari-Matoumbou (10km) ; Ngela-Mbamou-Kinbouendé (31km). A Boko, Louigui-Moulenda (21km) ; Nkama-Mbangala-Bikonga (21km) ; Loumo-Kimbanda (30km) ; Boko-Ntombo-Manianga (45km) ; Boko-Matombé (18km). A Kindamba, Nzinzi-Gare Loulombo (15km) ; Vindza-Kimba (55km) ; Ngoungou Ecole-Mbamba (40km) ; et Imbimi RN2-Maty (61km). Sur un total de 342 km, seulement 85 km de pistes sont réhabilitables par le projet.

Dans la sangha, 07 bassins de productions ont été retenus il s’agit de l’axe nord ouest ( Sémbé, Souanké, Ngbala), l’axe fluvial sud est et du district de Pikounda ( Pikounda), la zone péri urbaine de Mokéko et sangha palm ( Ngombé, Ketta-Seka, Ketta-yengo, pokola), et la commune urbaine de ouesso ( Ouesso). 08 pistes  seront réhabilités par le Proder 3 dans la sangha à savoir la piste Ellene-garabizam ( 65 km), Ntam-mellen (32 km), Ngbala-bozolo (45 km) , souanké djampouo (18 km), pikounda-ekouomo (65 km), attention-lengwe(17 km), mokeko makola (7 km) elongue-sangha palm (7 km). Le PRODER 3 interviendra dans les 5 districts que compte la sangha, au total il travaillera dans 45 villages répartis comme suit :district de Mokeko :17 villages, districts de souanké 04 villages, districts de sembé 11 villages, district de Ngbala : 07 villages, districts de Pikounda 06 villages.


Notons qu’à ces ateliers, à travers des exposés, certains aspects ont été précisés, notamment, que le projet ne prenait pas en compte les pistes non reconnues par l’Etat ; qu’il n’intervenait pas non plus sur les pistes, mais réhabilite celles qui existent déjà.

Quand au second atelier, au Pool, il a regroupé les 13 chefs de secteurs, représentant les districts du dit département. Ces derniers ont adopté, un aide-mémoire comme guide d’installation ou de mise en place des groupements d’intérêts économiques communautaires (Giec). A cet effet, les participants ont été sensibilisés à la lutte contre la mosaïque de manioc par l’installation de parcs à bois. Les thèmes débattus les ont édifiés sur le rôle à jouer pour l’augmentation de la production de manioc, en incérant des boutures saines, à travers les Giec.

S’agissant de l’installation et de la gestion d’un parc à bois. Le nombre de variétés  devra correspondre à celui d’espaces cultivables, espacés de deux mètres. Il convient par ailleurs de dégager, tout autour du champ quatre à cinq mètres pour éviter les feux de brousse et de mettre des plaques devant chaque variété. Dans un parc à bois, on n’associe pas une autre bouture et le champ doit être entretenu ; la bouture de manioc s’enfouit dans le sol complètement à cinq centimètres de façon oblique.

Les chefs de secteurs de la sangha ont également été formé aux mêmes thématiques.

Pour information, la mosaïque africaine du manioc est une maladie qui se reconnait par des tâches jaune verdâtre sur les feuilles qui se déforment peu après. L’agent causal est un virus qui se trouve dans la sève, attaquant la feuille. Il existe deux modes de propagation : une bouture malade et une mouche qui se nourrit de la sève de la plante. Ainsi la stratégie de lutte en milieu paysan devrait se baser sur l’utilisation de boutures saines ou  de variétés résistantes, que distribue le Proder3. Néanmoins, il faut éviter d’introduire une nouvelle variété pas encore testée. Car il a été démontré que la mosaïque causait 85% de perte. Il n’existe pas sur la tige de signe qui permette de reconnaitre la présence de la mosaïque. Au Congo, 90% des plantes sont attaquées.

Au terme de leur formation, les  chefs de secteurs répartis en groupes ont visité des parcs à bois,  afin d’expérimenter les leçons apprises.

Rappelons qu’à  Impfondo dans le département de la Likouala, la validation des bassins de production avait eu lieu en mai 2010. Dans ce département sept (7) bassins avaient été retenus (au lieu de six (6) comme décrit dans le Rapport de pré évaluation, 48 villages, 29  pistes agricoles  et 20 voies navigables avaient été validés.

                                                                                                             NFL& ATB