Zone du PRODER SUD : 27% des enfants souffrent de malnutrition chronique.
L'enquête anthropométrique sur l’impact du PRODER Sud, réalisée en 2008 avec l’appui financier du FIDA et du Gouvernement du Congo, a permis de révéler l’ampleur de la malnutrition protéino-énergétique (MPE) dans trois départements (Niari, Bouenza et Lékoumou) situés dans la partie sud du Congo. Ces trois départements constituent la zone d’intervention du PRODER SUD, dont la mission essentielle est de réduire la pauvreté rurale.
Au Congo, la population vivant en dessous du seuil de pauvreté est évaluée à 65% en zone rurale (DSRP, 2008-2010). Néanmoins, en ce qui concerne la réduction de la pauvreté, les efforts consentis dans l’amélioration des conditions de vie des populations sont plus sensibles en milieu urbain (ECOM, 2005). D’où l’on note un mieux être relativement acceptable pour certaines couches sociales.
L’enquête anthropométrique de base a pour objectif général de mesurer l’effet avant, à mis parcours et en fin des interventions de développement entrepris par le Projet. Toute la démarche est menée dans le souci de dresser un diagnostic complet sur le niveau de développement et de la sécurité alimentaire des ménages. Ce diagnostic permet de retracer les grandes orientations et d’identifier les interventions éventuelles. C’est dans ce but que cette enquête est menée, en vue de constituer une base des données fiables et valides sur la situation nutritionnelle réelle qui prévaut dans les communautés rurales.
METHODE
L’établissement des prévalences de la malnutrition des enfants de moins de 5 ans est obtenu par l’utilisation des indices anthropométriques, notamment le poids (P) et la taille (T). Ces indices permettent de calculer les indicateurs de la malnutrition protéino – énergétique (MPE) en combinaison entre eux et avec l’âge (A). Trois types de malnutrition sont identifiés à partir de ces combinaisons d’indices. Il s’agit de la maigreur (P/T), la malnutrition chronique (T/A) et l’insuffisance pondérale (P/A). Ces indicateurs correspondent à trois types de problèmes de santé, nécessitant chacune des interventions spécifiques. Les informations socioéconomiques liées à la situation alimentaire font l’objet d’une collecte dans le ménage dont l’enfant est issu, permettant ainsi une meilleure compréhension des prévalences de la malnutrition.
Le traitement des résultats anthropométriques recourt à deux approches d’analyse statistique : l’approche descriptive simple et l’approche bi-variée. L’approche descriptive permet de mettre en évidence les niveaux des fréquences de malnutrition ; et l’approche bi-variée utilise des tableaux croisés. Le test du Khi² sert pour identifier quelques associations avec la malnutrition des enfants Ces associations mesurées à l’aide du khi² consistent à croiser chacune des variables indépendantes explicatives avec la variable dépendante expliquée (état nutritionnel). La signification statistique de tous les tests est fixée à p inférieur à 5%.
Prévalence de la MPE
Selon les critères anthropométriques, la malnutrition chronique affecte 27,5% d’enfants dans les départements couverts par l’enquête. Celle-ci constitue la forme la plus répandue dans ces zones rurales, et même au niveau national où la prévalence est de 26,0% (EDSC-1-2005)[1].
La malnutrition aigue globale (maigreur) touche 4,7%, sans être négligeable. Néanmoins, elle affecte significativement les enfants résidant dans le département du Niari, avec une prévalence de 5,5%. La forme sévère, très marginale concerne seulement 0,7% d’enfants.
Par contre, la prévalence de l’insuffisance pondérale est élevée prés de 20%. Les prévalences de deux formes observées, à savoir l’insuffisance pondérale globale et la malnutrition chronique globale, montrent une situation nutritionnelle et alimentaire très alarmante.
Les enfants du Niari et ceux des communautés autochtones sont les plus atteints
On observe une prévalence nettement élevée de malnutrition chronique (26,7%) chez les enfants résidant dans le Niari : un peu plus d’un enfant sur quatre est atteint dans ce département. Il apparaît aussi que les enfants issus des communautés pygmées ont une prévalence significativement élevée 52,9% (Khi²= 13,35 ; p= 0,001) que d’autres. Parmi ces enfants, la propension de développer une malnutrition chronique est également multipliée par 1,62 fois (IC= 1,13 ; 0 <RR< 2,31). Aussi, la malnutrition chronique sévère affiche une prévalence élevée, estimée à 38,2% (Khi2= 33,67, p= 0,001) parmi les enfants issus des ménages pygmées contre 8,0 % chez les bantous. Ces observations peuvent s’expliquer par les faits suivants. Concernant les prévalences élevées de malnutrition, elles peuvent s’expliquer en partie à travers le régime alimentaire déséquilibré imposé aux enfants au moment du sevrage et des disettes.
En effet, dans ces zones d’extrême pauvreté alimentaire, certains membres sont fragilisés, plus particulièrement les tout petits qui sont déjà vulnérables. Certaines considérations socioculturelles communautaires veulent que les adultes soient mieux prises en charge alimentairement en cas de pénurie ou de disette dans le ménage. D’autres facteurs sont suspectés contribuant à l’insécurité alimentaire, parmi lesquels l’on compte, l’isolement géographique de certains villages, l’analphabétisme des mères, l’accès aux services de santé de base et les moyens de communications, constituent autant d’entraves à l’amélioration de l’état nutritionnel des enfants de ces départements.
A l’instar de ce contexte précarité s’ajoute les conditions sanitaires déplorables, 63,3% des ménages enquêtés s’approvisionnent en eau de boisson issue d’une source non couverte, exposant les populations à des infections hydriques, parfois mortelles. Par ailleurs, 81% des ménages vont déféquer dans les buisons ou dans la brousse non loin de leur habitation et de l a source d’eau. Par ce biais et par manque de connaissance, les populations participent indirectement sans le savoir à la pollution de leur environnement, avec les conséquences qui en résultent sur le plan sanitaire.
Par ailleurs, dans la plupart des cas les ménages des communautés pygmées n’ont pas les moyens financiers d’assurer leur bien être économique et social, afin d’améliorer l’état nutritionnel de leurs enfants et celui de leur famille. A l’opposé, les enfants issus des ménages bantous ont 79 % moins de risque de souffrir d’une malnutrition chronique.
Une situation nutritionnelle précaire qui nécessite des actions concrètes
Nos résultats révèlent une situation alimentaire et nutritionnelle très précaire dans les trois départements. Par conséquent, les séances d’éducation nutritionnelle pour le changement de comportement alimentaire semblent une voie pertinente qui peut réduire nettement la malnutrition des enfants de moins de 5 ans dans ces départements. Cette éducation devrait s’adresser d’ores et déjà aux jeunes mères pour apprendre les gestes qui sauvent, afin de les intégrer dans leur connaissance socioculturelle de base en vue d’une meilleure prise en charge sanitaire.
Jean Pierre MASSAMBA
[1] Massamba J.P, Allaitement maternel, Etat nutritionnel des enfants et des femmes in Enquête Démographique et de Santé, Congo, 2005, Chapitre 11, pp 157-180.