Un rendez vous du donner et du recevoir entre les paysans de la zone d’intervention du PRODER 3
Dans le cadre de la gestion des connaissances et des Innovations du PRODER 3, la dernière mission de supervision avait recommandé des échanges entre paysans. C’est dans ce contexte qu’il a été organisé à Louingui et kinkala (département du Pool) des échanges entre les paysans de la zone d’intervention du PRODER 3.
Du 12 au 16 octobre 2010, les paysans venus de la Likouala, du Pool et de la Sangha ont échangés sur des préoccupations communes. Ils ont partagé leurs expériences en matière d’organisation et de fonctionnement des GIEC, la notion de genre, l’accès à la terre, la mise en place des parcs à bois, les difficultés et les succès, la commercialisation et la transformation du manioc, l’autonomisation et les relations avec le PRODER.
Une organisation et un fonctionnement presque similaires
A la lumière des échanges, il s’est dégagé qu’il existe des similitudes dans l’organisation et le fonctionnement des groupements. Les groupements sont composés en moyenne de 30 membres avec à leurs tête un bureau. Ils travaillent pour la plupart deux fois par semaine. Le groupement de Mbé est apparu comme le plus vieux (crée en 1996) et le mieux organisé. Il a été officiellement reconnu en 2007. Il possède un règlement intérieur qui prévoit des fautes et des sanctions. Les textes sont appliqués avec rigueur. Il est composé de 32 membres, répartis en 8 groupes avec un chef chacun. Chaque groupe est chargé de travailler sur une superficie bien déterminée. Le groupement de Mbé fonctionne comme une mutuelle. Conformément à ses documents de base, le groupement vient en aide aux membres en difficultés. Les membres décident ensemble de l’utilisation des revenus. Quant au groupement de Gambari ( Kinkala) il est reconnu officiellement et possède des documents juridiques. Mais l’application des textes n’est pas aussi rigoureuse que le groupement « ASAD » de Mbé. Contrairement à ce dernier, le groupement de Gambari a instauré les cotisations des membres en fonction du besoin, alors qu’à Mbé les cotisations sont mensuelles et obligatoires de même que les frais d’adhésion. Tout membre qui ne s’acquitte pas de ses frais est soumis à des sanctions. Les autres groupements très impressionnés par l’organisation de Mbé ont affirmé qu’ils tenteraient d’imprimer la même chose chez eux.
Démotivation de certains membres des groupements
Le groupement de Gambari a été crée en 2009. Si au départ, il comptait 35 membres, actuellement il n’en compte plus que 23. La majorité des groupements ont du mal à garder leurs membres. Pour le cas spécifique du GIEC de Gambari, cela serait dû à la politique d’assistanat menée par les organismes au lendemain des événements douloureux qu’avait connu le Pool. Les organismes leur venaient en aide en leur apportant vivre et argent. « Alors qu’avec le proder 3, il s’agit juste d’un appui en matériel aratoire et en boutures saines de manioc » a dit le président de ce GIEC. « Maintenant que le champ pousse, beaucoup de membres démissionnaires sont tentés de revenir ». « Cela ne se passera pas comme ça, nous avons travaillé dure. La production de manioc et les 30% de boutures qui nous reviennent, seront partagés entre les membres actifs, qui ont travaillé. Les autres n’auront qu’à attendre la mise en place des prochains parcs à bois » a déclaré une femme, membre du groupement. « Mais pourquoi, les démissionnaires ne se constituerait pas eux même en groupements ? » a proposé un représentant du district d’Igné.
Différence de relief et des sols, impact des changements climatiques
Les paysans ont visité les parcs à bois du GIEC salabokissa de Louingui et de Gambari. Le constat a été la sécheresse du champ. Bien qu’il y’ait déjà la présence de tubercules, les plants ont l’air de n’avoir pas beaucoup évolué, comparativement aux parcs à bois de Mbé et de Igné planté presqu’à la même période. D’après, les membres de ce groupement et le chef de secteur, cette situation est due à l’absence de pluie. Les paysans ont aussi fait le constat que dans le pool sud, le relief est accidenté et les sols sont moins riches que ceux du pool nord et des départements septentrionaux. A kinkala, par exemple les terres sont très acides. Par ailleurs, du fait des changements climatiques, la saison des pluies devient plus courte dans le Pool Sud. Par contre, la pluviosité est très élevée dans les autres zones. Les terrains dans le district d’Igné et de Ngabé sont en savane. Là bas, les groupements ont l’avantage de travailler avec des tracteurs pour le défrichage. Le parc à bois de Gambari, ne comporte qu’un champ de multiplication. A la différence de Louingui, il n’ya pas de parcelle test. A igné, l’absence d’arbres dérangent les paysans qui n’ont pas où s’abriter du soleil.
Difficulté d’accès à la terre
A priori, les groupements n’ont pas de problèmes d’accès à la terre. A Louingui les groupements payent 10 000 Fcfa à l’hectare, à Mbé, il donne une partie de leur production au propriétaire foncier. Seulement, les champs sont de plus en plus éloignés des villages en raison de la pauvreté des sols. Le GIEC de Gambari a eu du mal a trouvé un terrain pour mettre en place son parc à bois. A kinkala, il se pose un problème de disponibilité d’espaces cultivables en raison du relief accidenté. Les groupements de Gambari et de Ouesso ont l’avantage d’avoir en leurs seins les propriétaires fonciers des terrains où sont implantés leurs parcs à bois. Le département de la Likouala est situé en zone forestière ce qui rend pénible le travail de préparation de terres. Les paysans doivent abattre de gros arbres.
Appui du PRODER 3
Le PRODER 3 appui de la même manière tous les groupements avec qui, il travaille. Il leur fourni en premier lieu des boutures saines de manioc, une fois que les terres sont prêtes. Ensuite, le PRODER 3 leur offre du matériel aratoire composé de houes, pelles, râteaux, limes…et leur apporte une aide financière pour l’entretien des parcs à bois. Les groupements du Pool ont déjà reçu le matériel aratoire. Les groupements de la sangha et de la Likouala dont la collaboration avec le PRODER 3 a quelques mois seulement ont été rassuré en écoutant leurs collègues du Pool. Ils sont surs de recevoir eux aussi le matériel aratoire promis par le PRODER 3 ainsi que les autres appuis. Seulement les groupements ont décrié la qualité du matériel aratoire distribué par le PRODER 3. Ils souhaiteraient être associés dans le processus d’acquisition. Les membres des groupements présents aux échanges, ont tout de même salué l’appui du PRODER 3. Ils mettent beaucoup d’espoir dans les nouvelles boutures fournies par le PRODER 3, même s’ils ont avoué leur scepticisme au début de la collaboration.
Pénibilité de travail dans les zones forestières
La délégation de la Likouala, a demandé au PRODER 3 de leur fournir des tronçonneuses en raison de la pénibilité du travail observé dans leur zone. Certains aimeraient que le PRODER 3, leurs fournissent aussi des bottes et des brouettes.
Autonomisation
La majorité des groupements ont donné l’impression de tout attendre du PRODER 3, occasion pour les cadres de ce projet de leur rappeler, que les groupements n’appartiennent pas au PRODER 3. De plus le PRODER 3, loin d’être une entreprise qui fait des bénéfices est un projet qui obéit à une feuille de route établie par le FIDA et le Congo. Ce projet va s’achever dans quelques années. Les groupements devraient donc penser à leur autonomisation. Le groupement de Mbé a partagé son expérience d’autonomie, avec ses collègues. Ce groupement a acquis un véhicule sans aide extérieure. Grace aux revenus issus de la vente de leur production de manioc, ils ont pu acheter un véhicule d’occasion qui leur permet de transporter les tubercules de manioc et de se rendre aux champs. Pour assurer le fonctionnement de ce véhicule, il est loué par d’autres paysans.
Notion de genre
Les groupements comportent plus de femmes que d’hommes, sauf à Impfondo où sur 44 membres on ne compte que 14 femmes en raison de la pénibilité du travail qui consiste à abattre les gros arbres. Les paysans ont reconnu l’importance pour les hommes et les femmes de travailler ensemble. Dans la majorité des groupements les femmes occupent le poste de trésorière. A Igné par contre, le poste de président est occupé par une femme. Pour la déléguée du groupement d’Imbimi « Les hommes et les femmes peuvent travailler ensemble ; de la préparation des terres, au planting, de l’entretien des champs à la récolte. Les femmes peuvent faire parties du bureau quelques soient leurs niveaux d’instruction. Elles peuvent parler en langues nationales pour exprimer et partager leurs idées ».
Les différents départements sont en contre saison :
Les GIEC du Pool ont mis en place leur parc à bois pour la plupart au mois de décembre 2009 et vont récolter en décembre 2010. Ceux de la Likouala et de la sangha viennent à peine de planter les boutures de manioc, ils attendront un an environ avant la récolte.
Commercialisation et transformation
Le groupement de Mbé a fait savoir qu’il vendait leur production de manioc aux habitants du village et à d’autres clients venant des villages environnants. Il ne transforme pas le manioc. Par contre le groupement d’igné, transforme le manioc en foufou, mais rencontre des problèmes pour le séchage.
Perspectives
Les groupements ont parlé de diversifier les cultures, de se constituer en entreprise et de créer un dépôt de foufou.